Quelques films kurdes

dimanche 1er décembre 2019
par  Jacques Vercueil
popularité : 95%

Le Troupeau (Sürü) de Zeki Ökten et Yilmaz Güney (scénario)
L’entrée de la jeune Berivan dans une famille rivale pour faire la paix n’ayant pas donné de descendance au patriarche Hamo, il en tient la bru pour responsable et la guerre reprend. Berivan périclite et, quand il faudra prendre le train pour aller vendre les moutons à la lointaine Ankara, elle sera du voyage dans l’espoir d’un traitement. Corruption, vols, incurie, féodalisme, et violence de la confrontation des paysans kurdes à la grande ville incompréhensible... un sombre tableau de la Turquie.
1978, 2h09, avec Tarik Akan, Melike Demirag, Erol Demiröz

Yol, Kurtçe (Yol, la permission) de Sérif Gören et Yilmaz Güney (scénario et montage)
Cinq prisonniers turcs de droit commun bénéficient d’une permission de sortie d’une semaine, et le film suit en parallèles ces cinq parcours distincts. Les personnages réalisent combien leurs actes et leur détention ont bouleversé la vie de leurs proches, mais aussi combien la vie ’libre’ en Turquie inflige aux habitants des contraintes comparables à celles de la prison : obscurantisme et misère sociale, spécialement pour les femmes, oppression politique (notamment anti-Kurde, épisode éliminé des versions du film publiées récemment). L’atmosphère lourde et pessimiste est éclairée de moments lyriques, et les sentiments des personnages sont rendus avec force dans ce tableau sévère de la société turque.
1982, 1h54,avec Tarık Akan, Halil Ergün, Necmettin Çobanoğlu

Un chant pour Beko (Klamek ji bo Beko) de Nizamettin Ariç
Ce film, le premier réalisé en langue kurde, est revendiqué production du Kurdistan, mais fut tourné en Arménie. Le réalisateur Ariç, musicien kurde de Turquie, écrivit le scénario et joue le rôle principal du film. Réfugié à Hambourg, Beko se remémore son histoire : refusant l’engagement dans l’armée turque qui le ferait combattre les siens, son cadet a rejoint les peshmergas ; Beko l’aîné, maltraité en représailles, s’échappe et cherche à le retrouver. Son périple de réfugié le fait passer en Syrie puis en Irak, où la guerre avec l’Iran s’achève sans apporter de soulagement aux populations constamment traquées et sur le qui-vive. Ce beau tableau de la vie rurale dans les montagnes forme un plaidoyer simple et émouvant sur les vicissitudes du peuple Kurde partout opprimé : « En Turquie tu dois parler turc, en Iraq tu dois parler arabe. »
1992, 1h40, avec Nizamettin Ariç, Bezara Arsen, Lusika Hesen

Vive la mariée... et la libération du Kurdistan de Hiner Saleem
Cheto, réfugié politique à Paris, vit avec Christine, mais souhaite se marier ’traditionnellement’, c’est-à-dire avec une vierge kurde. Un ami va au pays collecter des images vidéo de candidates idoines, Cheto fait son choix, mais verra arriver à Paris la moche sœur aînée qui doit se marier avant sa cadette. Une copine la transforme en beauté, mais quand Cheto se décide à être séduit, la belle a désormais l’esprit ailleurs. C’est donc de la tradition abrutissante qu’il faut ici libérer le Kurdistan, à travers un tableau piquant du milieu des Kurdes émigrés. Certains Kurdes n’ont pas aimé...
1998, 1h36, avec Serge Avédikian, Tuncel Kurtiz, Georges Corraface

Le tableau noir (Takhté siah) de Samira Makhmalbaf
Des maîtres d’école Kurdes itinérants, leur tableau noir sur le dos, vont pour gagner leur vie à la recherche d’élèves dans les montagnes du Kurdistan, pendant la guerre entre Iran et Irak. L’un prendra pour femme une veuve d’un village détruit, l’autre s’attachera à un groupe de jeunes garçons surchargés de contrebande... Soldats et avions hantent les paysages. Quelle place reste-t-il pour l’enseignement et le futur ?
2000, 1h24, avec Bahman Ghobadi, Behnaz Jafari, Said Mohamadi

Un temps pour l’ivresse des chevaux (Zamani barayé masti asbha) de Bahman Ghobadi
Des gamins et gamines livrés à eux-mêmes dans un village perdu du Kurdistan iranien. L’aîné Ayoub, pré-ado, se démène pour leur trouver à manger ; il convoie de la contrebande vers l’Irak. Mais surtout, il veut sauver son petit frère souffrant d’une malformation : il faut des sous pour l’opérer. Pour en gagner, Rojine vendra son corps, Ayoub affrontera les champs de mines, et l’on soûlera les mulets pour qu’il aillent plus loin - mais ils tombent. Malgré une telle accumulation de traits mélodramatiques, le film au style de western tient la route et a remporté la Caméra d’or (premier film) à Cannes.
2000, 1h20, avec Amaneh Ekhtiar-Dini, Ayoub Ahmadi, Jouvin Younessi

Les tortues volent aussi (Lakposhtha parvaz mikonand) de Bahman Ghobadi
Premier film tourné en Irak après le renversement de Saddam Hussein. Près de la frontière turque, Kak Satellite, jeune ado qui baragouine l’anglais, sait aussi installer les antennes TV dont la population est gourmande pour suivre les nouvelles de la guerre lancée par les Etats-Unis. Kak récupère aussi et revend les mines non explosées. Dans ce monde où, par ignorance réciproque, les adultes ne comptent pas, s’activent enfants handicapés, jeune aveugle, petite orpheline violée, victimes de la guerre et des soldats... Le film surnage dans cet océan de malheurs par un ton humoristique et un rythme soutenu. Il lui a été reproché son absence d’anti-américanisme, mais il reflète le soulagement des Kurdes après l’élimination du bourreau d’Halabja.
2004, 1h38, avec Soran Ebrahim, Avaz Latif

Les Murmures du vent (Sirta la gal ba) de Sharam Alidi
Un vieil opérateur radio circule en mobylette de village en village dans le Kurdistan irakien pour transmettre des messages oraux qu’il enregistre. Un chef de partisans lui demande de lui rapporter le premier cri de son fils à naître ; mais là-bas, tous les enfants et la femme enceinte ont été évacués vers une vallée moins risquée. Le périple est relancé...
2009, 1h17, avec Omar Chawshin, Maryam Boubani, Fakher Mohammad.

Si tu meurs, je te tue de Hiner Saleem.
Philippe, Parisien fraîchement sorti de taule, fait connaissance d’un Kurde irakien qu’il aide et héberge en attendant sa fiancée. Mais le fiancé décède, la fiancée arrive, et son ex-futur beau-père dans la foulée. Celui-ci, musulman rigide, est outré de ne trouver qu’un vase de cendres au lieu du corps de son fils à pieusement inhumer. Entre ce féroce machiste et la fiancée trop heureuse de voir s’ouvrir les fenêtres de la liberté, Philippe aura du mal à rester entier.
2011, 1h30, avec Jonathan Zaccaï, Golshifteh Farahani, Billey Demirtas, Mylène Demongeot

My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem.
Ancien héros de l’indépendance kurde, Baran accepte un poste de shérif dans un village reculé du Kurdistan irakien où il affronte le chef mafieux local appuyé sur la tradition clanique. L’éblouissante Govend, quant à elle, a bravé le machisme paternaliste de ses frères pour aller faire la classe, c’est son métier, dans ce trou perdu et arriéré. Pour neutraliser ces éléments de progrès anti-réactionnaire, mafieux et notables s’allient en accusant les deux célibataires de relations coupables, et multiplient les menaces physiques. Comme dans un western, de vastes paysages colorés forment le décor principal. Ce seront des femmes qui viendront apporter la solution.
2013, 1h34, avec Golshifteh Farahani, Korkmaz Arslan, Suat Usta


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