L’injustice au sein de la justice ? Voilà un...

lundi 9 mars 2020
par  Clara Barge
popularité : 91%

L’injustice au sein de la justice ? Voilà un paradoxe remarquablement bien amené dans La jeune fille au bracelet, interprété à travers un scénario malin doublé d’une réalisation poignante.
L’authenticité de la mise en scène nous donne l’impression d’assister à un véritable procès, à travers lequel Lise Bataille, jeune fille libre et émancipée, est accusée de l’homicide de sa meilleure amie.
L’insensibilité et la passivité de ce personnage principal sème le doute chez le spectateur ; son silence crée des soupçons et la rend énigmatique. Pourtant, la raison est simple : qui, dont le droit à l’intimité a été volé, la confidentialité de sa vie privée ir-respectée, trouve la force de se construire, d’assumer ses choix, ses actes et ses discours ? La jeunesse arrachée de Lise Bataille la conduit à une dépossession de sa personnalité. La liberté de penser, de vivre et d’aimer est un droit fondamental, or cette jeune fille de 18 ans se retrouve cloisonnée dans les prisons de la justice : interdite de sortie et de vie sociale.
Autour d’elle, gravitent des personnages aux rôles et contrastes apparents. Alors que la trame de l’intrigue, relativement floue, dresse de nombreuses fausses-pistes, ses protagonistes suscitent habilement l’attachement ou le rejet, grâce une distinction transparente de leurs nuances de leurs caractères. Un père rude, qui joue le rôle d’intermédiaire de la justice, la surveille au-delà de la protection paternelle, allant jusqu’à briser sa relation père-fille. Son petit frère, Jules, attire la méfiance (attrait pour les jeux vidéo violents, utilisation de l’arme du crime…) et incarne la volonté de perdre le spectateur dans les méandres des suspicions. Enfin, la mère, par le biais d’un discours émotif, reflète une dimension humaine, rare dans cette trame narrative glaciale et insensible.
Des caractères aux significations dissimulées, doublés d’une réalisation qui prennent clairement parti dans ce procès. Stéphane Demoustier incorpore le regard de la justice à travers l’œil du caméra-man, ou par le choix de musiques dramatiques qui inquiètent dès lors que l’accusée est en sortie libre. Panoramas sur panoramas, on assiste visuellement au contrôle de la protagoniste, qui ne parvient même plus à s’échapper du cadre. La profondeur de champ joue également un rôle d’emprisonnement, via une coupure de plan seulement où le personnage est au point culminant de l’image : d’une certaine manière, nous suivons ’l’enquête jusqu’à sa finalité’. Enfin, la relation nette/floue que certains plans abordent met en évidence la frontière qui persiste entre un parent et un enfant (eux, au premier plan parfaitement net, Lise, en arrière-plan, indiscernable), l’incompréhension que leur fille leur inspire.
La narration, quant à elle, est impeccablement bien construite. Si bien que lors du plan final, nous, spectateurs, sommes incapables de trancher. Demoustier essaye-t-il alors de nous mettre à la place de la justice ?
On assiste, à travers l’autopsie de ce procès, à la condamnation d’une nouvelle génération dont les libertés de mœurs ont évolué, et demeure incompréhensible pour ses prédécesseurs. Juges, jurés, juristes sont-ils animés par le jugement, ou le désir de rendre justice ? Les codes moraux d’une bienfaisance prennent le dessus sur cette jeune fille dont la vie sexuelle et sociale est libérée. Le choc intergénérationnel est ici dépeint avec profondeur, montrant combien la distance de l’âge mène, dans ce cas, à l’injustice au sein de la justice.
Mais finalement, si Lise Bataille est dépourvue de sa jeunesse en voyant son intimité sexuelle dévoilée à toute la cour, nous, spectateurs, ne participons-nous pas également à une certaine violation de ces affaires privées, et secrètes ?

Réalisateur : Stéphane Demoustier
Rôles principaux : Melissa Guers, Roschdy Zem, Chiara Mastorianni
Durée : 96 minutes
Genre : drame judiciaire
Date de sortie : février 2020
Pays d’origine : France


La jeune fille au bracelet

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