Green Book : sur les routes du Sud

samedi 23 février 2019
par  Nicole de Micheaux
popularité : 84%

Green Book : sur les routes du Sud
Réalisateur : Peter Farrelly
Scénaristes : Nick Villalonga, Brian Hayes Currie, Peter Farrelly
Interprétation : Viggo Mortensen (Tony Lip) ; Mahershala Ali (Don Shirley) ; Linda Cardellini (Dolorès)
Pays :U.S.A.
Sortie France : 2019
L’auteur : Green Book : Sur les routes du sud est la première réalisation personnelle de Peter Farrelly né en 1956 aux U.S.A.. Il avait été tout d’abord scénariste de série télévisée, puis avait co-réalisé quelques comédies potaches avec son frère Bobby. Mais depuis plusieurs années il souhaitait réaliser un film dramatique. Il a découvert le sujet lorsque les deux scénaristes, Nick Villalonga et Brian Currie, le lui ont proposé. Il s’est alors décidé à s’y lancer. C’est une réussite !

Analyse : Dès les premières minutes du film, le ton est donné : deux ouvriers noirs font des réparations dans une cuisine, la maîtresse de maison, Dolorès, leur a servi des boissons, son mari jette à la poubelle les deux verres qu’ils ont utilisés. Nous faisons ainsi la connaissance de Tony Villalonga, alias Tony Lip.
Le scénario est tiré d’une histoire vraie racontée par Nick, le fils de Tony, qui a utilisé les archives, lettres et interviews de son père. En 1962, ce videur de boite de nuit, provisoirement sans emploi, s’est présenté devant Don Shirley, pianiste noir dont Stravinsky trouvait la virtuosité « digne des Dieux ». Il devait remplir, à son service, les fonctions de chauffeur dans une tournée de deux mois prévue dans plusieurs villes du Sud des Etats-Unis. Leur guide essentiel, au cours du voyage est The Negro Motorist Green Book, sorte de Petit Fûté écrit pour les voyageurs noirs qui souhaitent connaître les hébergements autorisés, à l’époque, aux personnes de couleur. Le racisme des Blancs dans le Sud est toujours aussi virulent et, à chaque étape, la découverte de cet attelage, où le Noir est patron et le Blanc chauffeur, choque les autochtones.
Tony est un italien, issu du Bronx, bourré d’idées reçues et toujours prêt à jouer de ses poings. Shirley est cultivé, un peu guindé, souvent surpris par la ’tchache’ et l’appétit de son employé. Le road movie les amène à passer chaque jour de nombreuses heures ensemble en voiture et une certaine osmose va se produire comme dans un tube à essai confiné. Les différences de classe, de culture et de ’race’, sont oubliées en approfondissant la connaissance de l’autre. Chacun est conscient qu’il a quelque chose à apporter à son compagnon. En particulier, Shirley corrige l’accent de Tony et lui apprend a rédiger des lettres d’amour à sa femme, Tony protège son patron contre les agressions des ’petits blancs’ du Sud, et lui montre comment se débrouiller dans une vie qui n’est pas celle des résidences d’artistes au Carnegie Hall.
Une des questions que le spectateur se pose est bien évidemment : pourquoi Shirley s’est-il engagé dans une telle galère ? On apprend qu’il a donné un concert à la Maison Blanche, qu’il connaît personnellement Bob Kennedy ; alors que, dans les coulisses des réceptions somptueuses données en son honneur au cours de sa tournée de concerts, il n’a droit qu’à un placard à balais pour loge et un édicule en bois dans la cour pour ses besoins. Tony, en apprenant à mieux connaître et admirer son compagnon, s’indigne devant ce traitement. Cependant, à la fin de chacun de ses récitals magistraux, Shirley se lève et adresse à l’assistance, debout pour l’applaudir, un large sourire éclatant, comme si rien ne pouvait l’atteindre.
Ce sourire est le seul indice de la motivation de Shirley : c’est le sourire d’un témoignage et d’une victoire. Il témoigne qu’un homme noir peut devenir célèbre malgré son handicap social. Et la victoire n’est pas celle de sa performance à laquelle il est bien évidemment habitué, mais une victoire sur lui-même qui n’a pas reculé devant ce public raciste et inculte, pour apporter de la finesse et de l’humanisme à travers la musique.
Ce courage et cette humilité se retrouveront à la fin du film lorsque, après avoir tout d’abord refusé l’invitation de Tony à partager avec sa famille le repas de Noël, Don se ravise et prend le risque de se présenter dans le Bronx à la porte de son désormais ami attablé avec ses proches. Après un instant de surprise parmi les convives, il est reçu comme un membre de la compagnie, affectionné depuis toujours.
D’après Viggo Mortensen : « Quand, à travers un film d’époque [...], on observe la manière dont les gens se comportaient dans le passé, on en apprend souvent davantage sur le présent qu’avec un film se déroulant dans un cadre contemporain ». La culture historique participe à l’école de la vie.

Commentaires

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dimanche 24 février 2019 à 06h06 - par  Info

Avec un pareil sujet, on aurait pu craindre une œuvre dégoulinant de bonnes intentions. Il n’en est rien. Sans aucune concession sur le fond, humour délicatesse et légèreté sont au rendez-vous, le drame, jamais bien loin, tourne à la comédie, l’amertume au sourire. Merci Nicole du choix de ce coup de cœur pour inaugurer la rubrique cinéma du site.

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