Cinéma : Noblesse oblige

mercredi 6 mai 2020
par  Nicole de Micheaux
popularité : 48%

Noblesse oblige ( Kind Hearts and Coronets titre original) de Robert Hamer

Kind hearts are more than coronets,
And simple faith than Norman blood.*

Extrait de Lady Clara Vere,
un poème d’Alfred Tennyson.

JPEG - 16.6 ko Il est difficile d’affirmer que les braves cœurs et la foi simple, dont il est question dans le poème de Tennyson qui a inspiré le titre anglais du film, caractérisent son héros, Louis (interprété par Dennis Price), qui élabore tout au long du récit une vengeance implacable contre sa noble famille paternelle coupable d’avoir renié sa mère. S’il a une origine populaire d’un côté, son sang noble normand de l’autre semble prédominer.

Dans le film, intervient la voix off de Louis qui commente les événements. Ce n’est qu’à la fin qu’on découvre son importance : les mémoires de Louis, rédigées dans sa prison, qu’elle dévoile occupent le rôle principal. Elle a une tonalité très british upper class avec un humour fin et corrosif qui prend le spectateur au piège d’une inévitable identification avec un héros amoral et plusieurs fois meurtrier. La voix off, comme les scènes entre les personnages de la famille D’Ascoyne, ne laisse pas de place aux émotions qui doivent rester bridées dans la société où Louis va peu à peu évoluer. Par contre la vivacité de l’amie d’enfance de Louis devenue sa maîtresse, Sibella, fait tache dans cette distinction compassée.

Robert Hamer peinait à trouver, pour une famille aussi nombreuse, des acteurs présentant une ressemblance crédible. Alec Guiness, qui était prévu pour en remplir deux ou trois rôles, se proposa pour les jouer tous (il apparaît même dans les tableaux des ancêtres familiaux), alors que Dennis Price interpréta ceux de Louis et de son père. C’est ce tour de force qui a fait la réputation du film avant que le public n’en découvre les qualités plus profondes.

Noblesse oblige est un film subversif. Il a été tourné en 1949, sur un scénario tiré du roman Israel Rank : The autobiography of a criminal (1907) de Roy Horniman. Robert Hamer a conservé l’époque Edouardienne du roman dans son adaptation. Il ridiculise la noblesse anglaise, son arrogance et son incompétence. La scène du bateau qui coule avec son capitaine peut être comparée au commandement désastreux des officiers supérieurs du film La charge de la Brigade Légère de Tony Richardson (1968). Le réalisateur n’est pas pour autant plus charitable avec le peuple : Sibella et Louis ne sont pas davantage recommandables.

Mais un sourire allègre reste inscrit sur les visages des spectateurs pendant toute la durée du film. La volte-face finale, où Louis, gracié à l’ultime moment, coincé hésitant entre les deux cabriolets qui l’attendent, se retourne vers la porte de la prison qu’il vient de quitter, provoque un bel éclat de rire : lui seul, de connivence avec le spectateur, en connaissent les raisons.

*De braves cœurs valent plus que de nobles couronnes,
Et une foi simple plus que le sang normand.


Réalisation et scénario : Robert Hamer
Interprétation : Dennis Price, Alec Guinness, Valerie Hobson
Sortie : 1949
Durée : 1h46
Pays : Royaume-Uni


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