Figeac, territoire pionnier

mercredi 10 avril 2019
par  Claude Alphandéry
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Une réunion exceptionnelle d’acteurs solidaires

Au départ, la coopérative d’agriculteurs, « la ferme de Figeac », fidèle à la tradition des Coopérateurs, regroupe 650 adhérents éleveurs de quelques 60 000 bovins. Elle ne se limite pas à améliorer leur production de viande et de lait par des équipements impressionnants (magasins, tracteurs…) et un souci poussé de formation et de transmission. Elle cherche à s’inscrire sur son territoire, à établir des liens avec la population par des circuits-courts ; elle s’élargit à d’autres activités en constituant un pôle de coopération (PTCE), le « Figeacteur  » avec les principaux acteurs économiques : Trois grandes entreprises industrielles et de services : Ratier (1500 salariés, équipements aéronautiques), CEA de Gramat ( 250 emplois dans la logistique des armées), Lomaco (200 salariés dans l’imagerie numérique) et un groupement d’entreprises et associations d’insertion de chômeurs et de personnes handicapées gérant une énorme ressourcerie, des activités de recyclage, des modules de formation ; à ces fondateurs, se sont joints peu à peu une centaine de PME, artisans, indépendants qui m’ont semblé intéressés mais plus distants.

Des objectifs ambitieux

De premières initiatives combinant finalités économiques et écologiques ont été mises en œuvre par la ferme de Figeac : équipements photovoltaïques et éoliennes (couvrant tous les besoins en énergie du territoire), scierie (pour valoriser le domaine forestier), légumerie, boucherie, conserverie, jardinerie pour développes les échanges de proximité.
D’autres, lancées par Figeacteur concernent les conditions de travail et de vie : une inter-crèche dont l’ampleur permet des services performants, une blanchisserie, un parc de co-voiturage, une conciergerie pour faciliter la vie dans tous les domaines … initiatives qui sont destinées à rendre attrayant le territoire, à attirer les demandeurs d’emploi dont a besoin une économie en développement. De plus, elles créent des emplois d’insertion. Ces diverses missions impliquent de grands efforts de formation et une ingénierie pointue.
Celle-ci est assurée par une équipe de 6 salariés et de nombreux bénévoles qui mettent en route à partir de groupes de réflexion des projets sur divers thèmes concourant au bien vivre : le logement, la mobilité, l’emploi du conjoint, la santé, l’éducation des enfants, les activités culturelles.

Une force reposant sur de puissants atouts

  • Des personnalités très fortes (compétence, énergie, convictions), diverses et intergénérationnelles, autour de Dominique ; elles incluent administrateurs et salariés.
  • Un vrai souci de coopération  : les éleveurs perçoivent le bénéfice qu’ils en tirent pour le débouché de leurs produits ; ils comprennent moins sans doute la portée de l’inter-crèche plus utile aux salariés des entreprises.
  • La transversalité qui incite à prendre en compte en même temps plusieurs finalités pour un objectif : économiques, sociales, écologiques ; plusieurs activités ; plusieurs types de collaborateurs ; une interdépendance.
  • La territorialité, elle sous-tend leur démarche de coopération et de transversalité. Il y a un énorme bond en avant entre la coopération étroite de producteurs d’une même activité et leur ouverture à tous les acteurs et toutes les activités du territoire ; Ils se situent dans un monde plus complexe.
  • Une ingénierie qui est la marque de leurs projets, assure efficacité et qualité ; elle est faite de compétence et d’un sens de l’adaptation.
  • Un climat de confiance, optimisme, plaisir de faire. C’est une clé de leur succès, c’est ainsi qu’ils surmontent difficultés techniques, règlementaires, financières.

De possibles faiblesses et des freins

D’une certaine façon, c’est l’envers de cette belle confiance : les personnes rencontrées font peu de place au tragique du monde. Les effets de la mondialisation, de la financiarisation, les problèmes de l’Europe (de la PAC notamment), les atteintes portées à notre personnalité par les nouvelles technologies semblent hors de portée.
Cette distance, liée à leur confiance, les rassemble en un petit groupe progressiste, créatif, qui tend certes à s’élargir mais qui n’est pas toujours en phase ni avec la majorité de la population ni avec les institutions et les élus de la communauté de communes. Les relations avec ceux-ci ne sont pas toujours faciles.

De ce fait, les habitants et nombre d’agriculteurs considèrent Figeacteur comme un outil utile aux entreprises plus qu’à leurs propres besoins. Le rôle de Figeacteur ne leur paraît pas parfaitement clair.

Par ailleurs, l’affirmation(qui n’est pas sans fondement) qu’un projet vaut mieux qu’une théorie risque de les entrainer vers un praticisme étroit, de les éloigner d’une vision d’un écosystème constituant de nouveaux modes de production, de consommation et aussi de gouvernance. Et le fonctionnement de Figeacteur peut être aussi source d’une rétention du pouvoir par les porteurs de projets, rendre problématique la coopération de toutes les parties prenantes et la participation tant souhaitée mais difficile des citoyens.
Heureusement, Olivier et de nombreux membres de son équipe, Sylvie et Meryle notamment, sont bien là pour éviter des dérives et limiter les risques.

Claude Alphandéry
6 Novembre 2018


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