A Metz, avec Bliiida, avec 3 i pour Inspiration, Innovation, Intelligence collective.

mercredi 17 avril 2019
par  Claude Alphandéry
popularité : 34%

Deux journées particulières à Metz, dans le cadre de l’étude « dynamique pionnière des territoires » du labo de l’ESS

Le territoire

La ville de Metz, au cœur de la Loraine et du Grand Est, est frontalière du Benelux et de l’Allemagne. Le fait d’être un axe d’échanges, l’énergie de sa population et les richesses de son sol ont rendu la région prospère ; son attractivité a pourtant souffert des difficultés de la sidérurgie, mais la ville, la métropole ont reçu une forte impulsion du TGV qui les relie à Paris, Strasbourg, Luxembourg et l’Allemagne, puis de l’installation du musée Pompidou.
Au surplus, le déclin des industries lourdes a sans doute un effet réactif qui a tourné sa population et ses élus vers les technologies nouvelles, internet et les activités du numérique et de l’art.

Le tiers-lieu

C’est à l’occasion d’une « Nuit Blanche » popularisant de façon festive ces activités que les élus de la ville et de la métropole ont décidé de dépasser l’évènementiel, de créer sur un ancien dépôt d’autobus, de 25000 m2, un site permanent, un tiers-lieu, c’est à dire un « espace de travail partagé et collectif » favorisant les rencontres et les échanges, ouvrant la voie à des modes de production et des rapports sociaux innovants et créatifs. Appelé Blida du nom de l’avenue éponyme, il devient Bliiida avec 3 i pour Inspiration, Innovation, Intelligence collective.

La forte implication des collectivités publiques

La ville (maire socialiste) et la métropole (plutôt à droite), alliées à la région n’ont pas ménagé leurs efforts conjoints. Elles n’ont hésité ni sur les soutiens financiers en investissement et fonctionnement, ni sur l’ambition et l’originalité des moyens mis en œuvre.
Soucieuses de partenariats publics (l’Etat, l’Europe) et privés (les banques, les entreprises, les universités…), les collectivités n’en sont pas moins les promotrices et le moteur de ce tiers-lieu.

Les moyens mis en œuvre

Aux jeunes entrepreneurs et porteurs de projets, le tiers-lieu propose un accompagnement, une mise en réseau, des formations ; il leur donne une visibilité individuelle et collective ; il leur offre de nombreux services communs (restauration, communication, prospective…) et l’usage de matériels et de logiciels très pointus.
C’est ainsi qu’il met à leur disposition un incubateur et un préincubateur de projets, des fablabs où ils trouvent matériel, accompagnement et formation et des espaces de coworking. Ils peuvent également louer des espaces de travail.

La diversité des activités

Ces moyens importants sont après seulement 2 ans d’activité largement utilisés : près de 100 entrepreneurs résidents permanents, une soixantaine de résidents temporaires, plus de 1000 m² occupés d’objets divers donnent l’impression parfois d’un gigantesque vide grenier, parfois d’un grand forum ou d’une foire exposition.
S’y côtoient de l’artisanat, des activités de loisir, d’art, de communication, des startups numériques, du recyclage de déchets, de la permaculture etc.

La diversité et la conjugaison des compétences

Nous avons rencontré des personnes très diverses (hommes et femmes à quasi parité) : chacune et chacun joignent à une super compétence professionnelle un souci de décloisonnement, de coopération, d’éthique et de solidarité ; ils sont ouverts à l’innovation et recherchent du sens :

  • Ainsi, une directrice et un directeur de la BPCE qui a une antenne sur le site s’interrogent sur les effets de l’économie numérique en matière d’organisation des services de la banque, de formation des collaborateurs, de relation avec les clients et comment on peut créer avec ceux-ci une communauté d’intérêts
  • Le gérant de la cantine et sa compagne cherchent le menu (entre 6 et 12 euros) et les recettes, la simplicité et la diversité qui satisfassent les résidents de Bliiida  ; ils explorent les circuits-courts de proximité pour trouver des produits bio de qualité à prix raisonnable. L’originalité de sa cuisine intéresse des institutions comme le musée Georges Pompidou.
  • Un professeur et une maitre de conf à l’université dont les thèses de doctorat portaient sur jeux vidéo et les tablettes ont créé au sein de Bliiida une startup proposant des thèmes sociétaux et éthiques conjuguant distraction et formation des citoyens.
  • Un ingénieur de programmation qui dispose de 250000 euros de matériel 3D ne se limite pas à la pédagogie de son usage, il s’intéresse au contenu de son utilisation en matière de jeunesse, de handicap etc.
  • Un trio de communicant(e)s utilisant tous les modes de documentaire témoignent d’une position radicale sur le travail et l’argent ; ils ne s’en investissent pas moins dans leur petite entreprise, laissant à plus tard leur aspiration à une autre société.
  • D’autres que nous n’avons pas vu ou trop brièvement (le laboratoire de transition écologique de l’ADEME par ex.) présentent dans leur diversité un même souci de lien, de coopération ; ils sont prêts à former des projets communs, mais ne semblent pas habités par le désir de faire de Bliiida un puissant levier de la transition écologique et solidaire.

Questions sur les embarras créés par cette diversité de compétences et d’aspirations

  • -Le désir réel de respecter les valeurs éthiques, sociétales, écologiques résiste-t-il aux contraintes du compte d’exploitation chez des startups fragiles ?
  • -La place des composts, de la permaculture ou des activités de service classées solidaires existe bien à Bliiida  ; mais, quelle importance a-t-elle face à celle du numérique dans les investissements et la communication ?
  • -La participation des parties prenantes aux décisions est un principe partagé ; mais, ne cède-t-il pas à l’urgence et à l’efficacité ? La gouvernance de Bliiida ne reste-t-elle pas centralisée, insuffisamment liée aux parties prenantes ?

Ces questions se posent plus fortement avec le projet par ailleurs très intéressant de Bliiida 2020 qui vise à doubler les surfaces aménagées, le nombre de résidents, d’emplois, d’évènements et qui tend à élargir l’attrait du site, à séduire la population de Metz, notamment par un grand restaurant de 300 couverts. On rejoint ici plutôt l’image de grands centres commerciaux.

De fait, l’orientation souhaitée est loin d’être nette. La réticence de certains résidents ne va pas sans un intérêt pour les avantages impressionnants dans l’immédiat de ce projet 2020. Et de leur côté, les élus émanant des collectivités publiques sont conscients des risques et désireux de préserver l’esprit social et écologique de Bliiida.
Nous sommes donc à un moment où ces réflexions ouvrent de larges opportunités.

Opportunité de notre étude

Elle met en lumière la complexité de l’expérience de Bliiida :

  • -difficultés rencontrées pour conjuguer l’intérêt individuel et l’utilité sociale, la multiplication des startups et leurs valeurs éthiques,
  • -risques de dérive, de lassitude voire d’abandon,
  • -mais aussi chance extraordinaire de progresser vers des modes de production maitrisée et des rapports sociaux de confiance,
  • -enfin bonheur ressenti de la réunion d’équipes exceptionnelles sur un projet commun.

Partant de cette expérience remarquable, notre étude peut faciliter ces progrès en contribuant à approfondir et à évaluer les méthodes et les pratiques de coopération, de gouvernance, à creuser les concepts esquissés au sein de Bliiida d’économie « collaborative », « participative », « circulaire », « de fonctionnalité » et à dégager la voie à un écosystème propre aux transitions écologiques et solidaires.

Claude Alphandéry
le 9 mars 2119


Commentaires

Agenda

 

2019

 

<<

Septembre

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
2627282930311
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30123456
Aucun évènement à venir les 48 prochains mois