FESTIVAL DES IDÉES À LA CHARITÉ

jeudi 18 juillet 2019
par  Catherine Cadou, Christian Sautter
popularité : 33%

Avec l’aimable autoriation des auteurs
Christian SAUTTER et Catherine CADOU vendredi 12 juillet 2019

Voir loin, agir proche

Nous avons commencé l’été des vacances en nous rendant à La Charité sur Loire, où de bons amis d’Alternatives Économiques et de quelques fondations avaient organisé un Festival des Idées, pour redonner un peu de tonus à une gauche essoufflée.
Quittant tard Paris où tant d’urgences étaient à satisfaire, nous sommes arrivés dans un gîte morvandiau où un ancien menuisier-agriculteur nous a fait bon accueil.
Le soir avançant, nous avons gagné La Charité sur Loire toute proche et, dans cette ville assoupie, découvert « Le Bazar Café », une ancienne quincaillerie reprise par un directeur de théâtre, guadeloupéen et entreprenant. Côté cour, un restaurant servant de délicieuses nourritures raffinées à un rythme paisible. Côté jardin, un espace culturel avec de vrais livres que l’on peut lire pas un décor comme dans le café des Philosophes (sic !) sous la canopée des Halles, où les clients taquinent non stop leurs téléphones portables.

Le samedi matin, il fallut faire un choix cruel entre de multiples ateliers. D’un côté, les vedettes médiatiques : Yannick Jadot ne veut plus débattre avec ceux qu’il a écrasés aux élections européennes ; dans un autre atelier, Glucksmann, Brossat et Manon Aubry pansaient leurs plaies. Nous avons snobé ces parades à l’ancienne, contraires au beau mot d’ordre du Festival : « Faire tomber les murs, inventer de nouveaux horizons  ». Et nous nous sommes dirigés vers un chantier prometteur et peu modeste : «  L’économie sociale et solidaire peut-elle conquérir le monde ?  »

Nous avons découvert avec joie le principe du «  débat inversé ». Au lieu d’écouter les topos des experts (souvent venus de Paris) puis de passer un micro pressé dans la salle pour recueillir quelques remarques des participants, la réunion (au premier étage du Bazar Café) a commencé par de nombreuses interventions de ceux qui étaient venus de la Nièvre ou de bien plus loin pour dire l’expérience concrète de leur entreprise associative ou coopérative, de leur création d’une monnaie locale, de leur difficulté à répondre à des appels d’offres de collectivités locales les mettant en concurrence avec des entreprises marchandes qui cassent les prix mais se souciant peu des retombées sociales ou écologiques de leur action. Trois questions intéressantes : les grandes coopératives agricoles sont-elles dans une logique de solidarité peu lucrative ou sont-elles inféodées aux méga-entreprises des pesticides et engrais ou de la grande distribution ? Les salariés des associations (1,5 million) ont-ils des droits syndicaux et autres suffisamment respectés ? Le principe «  un homme, une voix  » n’est-il pas confisqué par des dirigeants qui se cooptent ?
La conclusion de cet atelier passionnant ne fut pas martiale. Le capitalisme court à sa perte en dégradant le cadre de vie des humains par sa logique de production et de consommation à tout prix et de creusement des inégalités. Mais la relève n’est pas pour demain. De multiples initiatives foisonnent sur tous les territoires mais elles ne font pas encore système, elles n’atteignent pas la masse critique qui permettrait de changer le rapport de forces entre un capitalisme anglo-saxon financier dominant et des foyers de résistance valeureux mais dispersés. L’ESS n’est pas la réponse, mais seulement une partie de la réponse, à un horizon nouveau mais lointain.

Ensuite, j’ai joint l’atelier « La Sécu au XXIème siècle », un peu décevant. Le débat ne fut guère inversé et un peu confisqué par un brave militant de la CGT vantant la Sécu de 1945 et dénonçant le glissement progressif de la solidarité à la charité. Autrefois, dit-il, tous les salariés avaient les mêmes droits. La pente gouvernementale actuelle est de veiller à ce que les pauvres aient de quoi survivre et que les autres puissent combiner une protection publique minimale et une assurance privée (éventuellement mutualiste) optionnelle. Une participante s’est inquiétée de ce que de nombreux jeunes travaillant pour des plateformes ne souhaitent pas adhérer à la sécurité sociale des salariés : ils sont jeunes et en bonne santé ; quant à la retraite, tout le monde leur explique que le système actuel de répartition n’est pas viable et périra quand le nombre de retraités dépassera celui des actifs ! J’ai aimé une belle intervention de la CFDT : « non à l’individualisme, oui à la personnalisation des droits ». Le salarié ou l’employé de plateformes numériques doit pouvoir emporter ses droits à la santé, au chômage, à la retraite, quand il change (fréquemment) de boulot. Idée féconde !

L’après-midi, « Migrations ». Grâce au débat inversé, nous avons découvert de belles prouesses de la Nièvre pour accueillir des réfugiés, mais aussi regretté que les crédits publics aux centres d’accueil (CADA) fondent et que les personnels et bénévoles étaient parfois au bord du burn out. Trois principes se sont dégagés : appliquer purement et simplement le droit bien réel des demandeurs d’asile et des immigrants plutôt que d’agir par mesures exceptionnelles de régularisation ; soutenir sans brider les initiatives locales ; et bien évidemment, trouver un accord européen pour accueillir des migrants qui ne sont pas si nombreux.

Ensuite, un atelier sur le « ras-le-bol fiscal ». Oh surprise ! Une quinzaine de « gilets jaunes » s’étaient installés au premier rang, des costauds des champs, des commerçants accablés, des retraités déprimés. Le débat inversé fut aussitôt très animé : « Tous les élus se gavent ». « Le kilo de porc est payé 1,50 euro au producteur et 1 euro par le consommateur ». « On paie des impôts mais les écoles et les hôpitaux ferment à la campagne ». Une ancienne ministre a bravement expliqué qu’en dix ans de politique, elle ne s’était pas enrichie. Et les experts, mal à l’aise, ont semblé opter pour deux horizons. Lutter contre l’évasion fiscale, ce qui a laissé de marbre les « gilets jaunes » estimant que les politiques et les fonctionnaires étaient au service du CAC 40. Et mettre en place des circuits courts des impôts, de façon à ce que les contribuables sachent où va leur argent. C’était autrefois la vocation de la fiscalité locale mais la taxe professionnelle et la taxe d’habitation on été supprimées. Il faudrait une nouvelle vague de décentralisation avec transfert de compétences de services publics (éducation, santé, logement, aide sociale) aux régions et aux communautés de communes, avec en contrepartie une autonomie fiscale retrouvée. Mais en même temps il faudrait que l’État veille à réduire les inégalités entre les métropoles riches et les villes moyennes et campagnes délaissées.

Notons aussi, dans un autre atelier, un vibrant plaidoyer du président du conseil départemental de Seine-Saint Denis en faveur des quartiers populaires, de leurs talents cachés, de leur transformation grâce au grand projet de métro «  Grand Paris Express » et son affirmation plus profonde qu’il n’y paraît : «  La ségrégation existe en France, c’est vrai, mais elle commence en haut de la société française  ».

Dimanche matin (on est sérieux quand on n’a pas dix-sept ans), nous avons découvert les beautés de l’Office foncier solidaire (OFS, olé !). Il s’agit d’une initiative de coopératives d’HLM (logements sociaux) pour faciliter l’accès à la propriété de familles de la classe moyenne-moyenne. Le principe (qui vient des USA !!) est de dissocier le prix du terrain qui reste propriété de la coopérative, du coût de la construction. L’accédant emprunte (pas cher) pour payer le coût de la construction et paie un loyer minime pour le terrain, ceci sur 80 ans. On arrive à vendre ces logements à 30% en dessous du prix du marché. Je passe sur les subtilités techniques bien étudiées (de transmission aux enfants, etc.) Un système passionnant pour échapper à la spirale de la spéculation foncière !

La séance de clôture réunit plusieurs centaines de personnes, qui ont proclamé leur confiance : « La gauche a une histoire, elle a un avenir  ». Le serment du Jeu de paume a été évoqué par un participant exalté. « Le peuple et l’élite contestataire vaincront ensemble  ». «  Le fond de l’air est à l’engagement ». «  Ils ont voulu nous enterrer mais ils ont oublié que nous étions des graines  ». «  Être dans les luttes  ».
Comme vous le sentez, l’atmosphère était joyeuse et tous se sont promis de se retrouver l’an prochain dans le beau prieuré de La Charité sur Loire et au Bazar Café, en associant davantage les projets qui s’épanouissent dans le voisinage et les habitants, jeunes et moins jeunes, de ce beau territoire.

Laissons le dernier mot à Christiane Taubira, qui adressa un message vidéo encourageant, avec juste ce qu’il faut de reproche : «  Nous nous habituons à nos inactions et à nos impuissances. » Il importe de «  reconstruire un Nous politique  ». «  Il est urgent d’agir ».
Ce Festival est un jalon sur le long chemin de l’unité à construire entre gauche et écologistes, sur des propositions vraiment neuves, ouvrant véritablement de nouveaux horizons.

Chriscath


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