Lectures : Territoires vivants de la République, de Benoit Falaize et autres

samedi 24 août 2019
par  Lucas Hardy, Lucien Farhi
popularité : 97%

Ce livre veut apporter un démenti catégorique à l’ouvrage collectif intitulé « Les territoires perdus de la République » - qui inaugurait un discours de déploration sur l’école. Il y réussit parfaitement.
Il relate les témoignages nombreux d’enseignants que la lucidité du regard porté sur leurs élèves des banlieues défavorisées n’empêche pas, au contraire, d’agir. Ils n’ont peur de rien ni de personne. Aucun sujet des programmes ne les effraie : la fréquentation des musées, des théâtres, le chant choral, mais aussi l’histoire des religions, la laïcité, la déportation, la Shoah, la décolonisation...

A titre d’illustration, nous avons choisi de conter l’un seulement de ces témoignages : « Aller au théâtre, ça s’apprend ! », de Wahida el Mansour. Mais dans notre esprit, il ne s’agit que de donner au lecteur l’avant goût des petites merveilles qui l’attendent si, par cet échantillon, nous aurons réussi à capter son attention !

Il s’agissait d’emmener deux classes de seconde d’un lycée professionnel à une représentation chorégraphique mettant en scène le parcours des exilés en France, à la fin de la guerre d’Espagne. En amont du spectacle, une chargée des relations publiques du centre dramatique où celui-ci doit avoir lieu vient le présenter à ses élèves. Mais certains d’entre eux chahutent, témoignant de leur désintérêt pour ce qu’elle leur propose. Ce qui lui fait dire : « Si ça ne vous intéresse pas, vous n’êtes pas obligés de venir »
Cette intervention laisse un goût amer à l’enseignante. Ses élèves appartiennent à des milieux défavorisés qui baignent dans un environnement peu propice à la fréquentation des manifestations culturelles. Leur dire : « vous n’êtes pas obligés de venir » c’est leur signifier que le choix est possible pour eux. Mais pas pour leur professeur, pour qui il est impératif de continuer à développer leur curiosité, de faire ce pas de côté qui est le propre de l’éducation artistique et culturelle. Ayant consulté son chef d’établissement, il est décidé de refuser de choisir les élèves qui participeraient à la sortie. Tous y sont donc invités.

Le jour de la représentation arrive et des incidents éclatent : certains élèves accompagnent de leurs ricanements telle jeune comédienne qui se dénude lors d’un passage, provoquant de la sorte la réprobation des spectateurs.
L’enseignante ne se décourage pas pour autant. La chorégraphe ayant demandé de rencontrer ses classes, elle organise en préalable des discussions approfondies avec ses élèves. Elle considère qu’ils ne peuvent refuser d’apprendre. C’est à elle de défendre le cadre pédagogique de son enseignement, de prendre le temps de l’expliquer pour le maintenir au fil des séances. En clair, elle ne lâche rien, professant que « l’école est le lieu dans lequel on forme le citoyen de demain ».

Le jour de la rencontre avec la chorégraphe, celle-ci échange quelques mots avec ces élèves qui lui expliquent comment ils ont organisé la séance : chaque élève a une place précise qu’il a choisie lors de cette préparation. Il y a ceux qui posent les questions, ceux qui rédigent les échanges et ceux qui prennent des photos ou qui filment. La rencontre est un succès et dure même une heure de plus que prévu.

Ses élèves « réticents » ont cheminé vers une approbation du sens que l’artiste souhaitait donner à sa pièce. Ils ont « rempli à merveille le contrat ». Elle avoue avoir été elle-même surprise d’avoir face à elle des adolescents ayant su se ressaisir et échanger avec une personne extérieure. Ce moment culturel partagé a créé un lien nouveau entre ses élèves et elle.

Nous lui laissons, pour terminer, la parole : « Pour moi, enseigner, c’est partager mes passions avec mes élèves... L’école est le seul espace dans lequel les rapports de domination doit être dépassés et ils ne peuvent l’être que si chacun a accès au savoir ».

Ou encore, ces paroles d’Amaury Pierre, professeur d’éducation musicale à Stains : « Ce territoire, je l’ai choisi. D’abord en tant que stagiaire, puis en tant que titulaire. Car, ici, il se passe des choses. Ici ; les élèves remettent tout en question, y compris ma pratique d’enseignant. Et l’énergie qu’ils dégagent, j’en ai besoin. Ici, les élèves sont vivants. C’est pourquoi il faut aller dans ces territoires. Ne serait-ce que pour voir. Ne serait-ce que pour tordre le cou à tous les clichés. Ne serait-ce que pour apprendre une autre manière d’enseigner. »

C’est beau la jeunesse ! Courez donc acheter ce livre. Récolte assurée pour les chercheurs d’or...


Ouvrage collectif présenté par Falaize Benoit, 2018, Territoires vivants de la République. Ce que peut l’école : réussir au-delà des préjugés.
éditions La Découverte, 18 €


Commentaires

mercredi 11 septembre 2019 à 14h32

Assisté au concert donné par les élèves d’Amaury Pierre.
Régal de voir et d’entendre cette joyeuse assemblée multicolore entonner à pleins poumons le Chant des Partisans !

Site web : rt
vendredi 30 août 2019 à 09h57

Merci pour cette lecture, je cours acheter le livre de B. Falaize !

Site web : Tù-Tâm

Agenda

 

2019

 

<<

Septembre

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
2627282930311
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30123456