Lectures. Robespierre, de Jean-Clément MARTIN

mardi 3 septembre 2019
par  Danielle Stordeur
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Ce petit livre (poche), écrit par un universitaire, très précis, détaillé, est parfois un peu touffu, ce qui peut se comprendre étant donné la complexité de l’époque et de ses soubresauts. Mais on se laisse porter, et tout s’éclaire au dernier chapitre et à la conclusion. Pour en comprendre et en accepter les points forts, il fallait avoir pris connaissance de l’écheveau emmêlé des évènements et de leurs acteurs. De ces hommes de plus en plus occupés à s’opposer, se dénoncer et s’entretuer. De cette Révolution française qui se faisait souvent sans que ses acteurs en maîtrisent l’évolution.

Et Robespierre ? L’auteur ne prétend pas nous le décrire. Il cherche surtout à démêler le vrai du faux. Il est en effet convaincu que l’image que l’Histoire a retenue de cet homme a été fabriquée, principalement par les Thermidoriens. Fabriquée selon un modèle qui leur était politiquement nécessaire, à partir de faits réels, mais choisis et combinés tout à fait artificiellement.

Pour l’auteur, Robespierre n’avait rien d’extraordinaire. Personnalité banale en quelque sorte, à la vie discrète. Personnage public laconique, lisant ses discours, changeant souvent d’idée et de cap. Et si quelque chose se dégage de sa façon de vouloir et de contribuer à faire la Révolution, c’est une image presque romantique, mystique. Robespierre déclare par exemple (p.368) : « Oui, invoquer le nom de la Providence et émettre une idée de l’être éternel qui influe essentiellement sur les destins des nations, qui me paraît à moi veiller d’une manière toute particulière sur la Révolution française, n’est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon cœur, un sentiment qui m’est nécessaire ».Mais ne nous y trompons pas, s’il impose le culte de l’Etre suprême, refusant ainsi l’athéisme radical, il rejette les Eglises et les prêtres, et toutes les représentations sacrées qui conduisent à l’adulation..

Que veulent les gens de Thermidor au moment où ils font exécuter Robespierre et ceux qui l’accompagnent ? Que l’ordre revienne, que la Révolution se termine, qu’une organisation solide de l’Etat se mette en place. Pour cela, il faut faire de Robespierre un « Monstre » responsable de la violence et de l’horreur. Tuer le Monstre. Imposer cette image forte.

L’auteur constate qu’on reste aujourd’hui attaché à cette image trop simple et s’explique (p 371) : « En le comprenant comme un Prométhée foudroyé par son ambition cosmique, on évite de penser qu’il a prosaïquement participé au courant collectif qui a porté la Révolution de 1789 avant d’être incapable de contrôler celle de 1792-1794. En insistant sur la radicalité qu’on lui prête, on oublie qu’il voulait installer la Révolution dans la stabilité et que l’homme nouveau qu’il souhaitait ne devait être que le vieil homme purifié ».

Jean-Clément Martin s’est lancé dans une recherche compliquée, et a écrit cet excellent livre pour sortir de la fascination que « provoque trop régulièrement la violence révolutionnaire, qualifiée sans précaution de Terreur, et dont Robespierre est censé être l’inspirateur et le maître. Les choses ont été plus triviales. Il n’y eut ni énigme, ni transcendance, ni abomination démoniaque : simplement des jeux politiciens et des urgences politiques, des rivalités d’hommes et les contraintes d’un Etat en guerre : il y eut surtout l’alternance ordinaire des moments de puissance et de faiblesse qui scandent la vie des grands acteurs de l’Histoire. »

Jean-Clément MARTIN. 2018. Robespierre. Paris, Perrin, collection Tempus. 404 p.


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