Cinéma d’aujourd’hui : Une grande fille

mercredi 11 septembre 2019
par  Jacques Vercueil, Nicole de Micheaux
popularité : 51%

JPEG - 13.9 ko Fin 1945, juste après le siège de Leningrad qui a duré 900 jours, c’est la fin de la guerre. La Russie a payé le plus lourd tribut à cette tragédie : 20.000.000 de morts dont 1.000.000 au cours du siège de Leningrad. Deux femmes ravagées par les événements se retrouvent. L’une, Iya « la Girafe », a quitté le front parce que handicapée par des absences qui la figent durant plusieurs minutes, elle mesure 1m90 et en semble embarrassée ; son amie, Macha, couverte de médailles, y est restée pour poursuivre la guerre mais a confié à son amie son petit garçon d’environ trois ans.

Le film est en grande partie tourné dans une communalka, appartement autrefois luxueux et devenu délabré, partagé entre plusieurs occupants qui utilisent la même cuisine. Le réalisateur y use avec beaucoup d’adresse des couleurs vertes en symbole d’espoir, et rouges de sang et de mort. Les deux femmes travaillent dans l’hôpital, où certains blessés amputés et souffrants demandent une euthanasie. Le médecin-chef est aussi un mort-vivant, conversant le soir dans sa chambre avec la robe de son épouse développée sur un fauteuil devant la photo de ses enfants : il a tout perdu hors son dévouement.

Bouleversant est ce portrait de deux femmes dont l’une, Iya, cherche à s’abstraire de la vie à travers ses séquelles post-traumatiques alors que l’autre, Macha, s’emploie désespérément, dans son désir d’enfant, à recréer la vie, pour faire taire la mort. Quand Macha apprend par Iya que son petit garçon n’est plus : « Habille-toi, on va danser ! » et elle s’explique : « Je veux un petit être dans mon ventre qui n’aura pas connu la guerre. » Mais un éclat d’obus l’a rendue stérile désormais... Le tragique réside dans les regards, les longs silences d’Iya, les expressions de ceux qui sont restés détruits mais encore en vie. On se rappelle le film de François Dupeyron, La chambre des officiers, sur les séquelles de la Grande Guerre.

Une grande fille est d’une grande beauté formelle qui ne perturbe pas l’intensité des émotions que, sans pathos, les deux actrices font naître tout au long de ce difficile voyage de retour à la vie. Le scénario s’est inspiré de La guerre n’a pas un visage de femme, œuvre du Prix Nobel de littérature 2015, Sveltana Aleksievitch.

Un film fort, un film beau, un film original, un film rare à ne pas rater.


Une grande fille
de Kantemir Balagov
avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazk
Russie - 2019
Durée 2h17


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